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Cul et Culture  - Sex and Culture (*)



 (*) The French  pun 'Cul'  <>. 'Cul-ture' has no English equivalent.  'Cul' means 'butt', 'ass', but , very familiarly, it can also  mean 'sex' in such phrases as  'Photos de cul' >  sex photos or 'histoires de cul' > sex stories. Hence my translation as Sex and Culture.







 Historia de duobus amantibus

 Histoire de deux amants


Ce chapitre est différent des autres. C'est d'ailleurs pourquoi j'ai conservé le titre latin du roman dont je vais parler. Au lieu de s'intéresser à la relation entre art et sexualité gay, ce petit article parle d'une relation hétérosexuelle, celle d'une maitresse et de son amant. Il me faut aussi préciser que le texte que je vais évoquer date de 1440 et visait un lectorat raffiné de grands aristocrates et d'intellectuels qui comprenaient les allusions à la mythologie antique et savaient apprécier le " langage de l’équivoque " qui utilise un travestissement verbal et vise à atténuer la verdeur de l’expression sans dissimuler le sens second réel. Donc pas de verdeur, encore moins d'obscénité, mais un voile transparent jeté sur la narration pour ne pas outrepasser les limites formelles de la décence et contrevenir à la bienséance. Il n'en reste pas moins que les choses sont dites et bien dites !

Alors pourquoi ce chapitre qui en fin de compte n'a rien à voir avec la sexualité des garçons entre eux, et qui n'est pas même vraiment "cochon" ? La réponse tient dans le nom, le rang social et les fonctions de l'auteur, que je dévoilerai à la fin. Le nom d'un auteur d'une histoire érotique que personne ni autrefois ni aujourd'hui n'aurait pensé à citer...
Enea Silvio Piccolomini, de son vrai nom, né en 1405, fut un humaniste connu, un homme de lettres, un écrivain célèbre, l'auteur d'ouvrages poétiques et romanesques qui a laissé une oeuvre importante (et tout à fait "sérieuse"). Parmi ses oeuvres, on peut trouver un roman surprenant, écrit dans sa jeunesse, un livre érotique, dont le titre est Historia de duobus amantibus c.-à-d. l'Histoire de deux amants). (Oui, ce grand intellectuel écrivait en latin !)

L’intrigue raconte la rencontre de Lucrèce, une jeune bourgeoise mariée, et Euryale, un membre d'une délégation princière, de passage à Sienne, la ville où habite Lucrèce. Ils tombent amoureux, s' enflamment et l’auteur détaille dans des descriptions très claires et imagées la consommation de cette histoire charnelle d'un amour interdit.  Pour le XVe siècle, l'écriture est assez osée. Jugez-en vous-même :

"Lucrèce portait une robe légère qui moulait son corps et ne cachait rien de ses seins ou des hanches. Elle montrait son corps tel qu'il est : un sein blanc comme la neige, des yeux qui brillent au soleil, un visage animé, un sourire modeste sur les lèvres et des seins généreux avec des tétons gonflés comme des grenades qui palpitaient et qu'on désirait ardemment toucher."
Les amants vont trouver divers moyens de tenir les importuns à l'écart - le mari en premier lieu.
Encore quelques pages... et tout va être consommé après que les amants ont trouvé les moyens de tenir les importuns à l'écart - le mari en premier lieu.
Et Lucrèce dit : " Viens, Euryale, mon coeur. Viens, fontaine de mes plaisirs, source de mon bonheur. Viens mon amour incomparable. Car tout est prêt maintenant pour converser et nous embrasser.

Euryale ne pouvait plus se retenir, il oublia sa peur et mit de côté toute pudeur. S'approchant d'elle, il dit :"Que nous puissions enfin profiter de notre amour" et il fit concorder ses  mots et ses actions. Il saisit sa robe, la déchira à demi ; elle résista mais sans désirer gagner contre lui et il eut facilement le dessus.."

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Gravures sur bois d'une édition italienne de 1470 de l'Histoire de deux amants


Devisant ensemble, ils allèrent dans sa chambre où ils passèrent une nuit comme le font deux amants, comme Paris qui emmena Hélène dans son grand navire[...] Il s'émerveilla en gardant les yeux sur sa bouche et ses joues et ses yeux. Lucrèce lui répondait :"Tu es mon Ganymède, mon Hippolite, mon Diomède". Et parfois, soulevant la couverture, il regardait les parties intimes qu'il n'avait jamais vues auparavan

Et Euryale d'ajouter "Qu’il y a-t-il de plus beau, de plus resplendissant que ce corps ? […] Ô noble poitrine, ô seins qui s’offrent à la caresse, est-ce vous que je touche, vous que je tiens, vous sur lesquels courent mes mains ? Ô douces formes, ô corps parfumé, est-ce bien toi que je tiens, es-tu vraiment mien ?  […] Douceur de nos baisers, douceur de nos corps enlacés, personne ne fut jamais plus heureux que moi".

Pas un baiser qui ne fut rendu, pas un mot d'amour qui ne fut redit. il l'embrassait et elle l'embrassait  Ils s'étreignaient, se tenaient serrés et jamais il ne se sentirent la fatigue de l'amour mais comme Antée qui se relevait toujours plus fort, ils retrouvaient force et énergie dans leurs luttes amoureuses.

Mais le matin venu, désespérés, ils durent se quitter : " Ô poitrine blanche, ô douce langue, ô yeux langoureux, ô bel esprit, ô corps de marbre empli de sève? Quand vais-je baiser encore ces lèvres rouge rubis ? Quand sentirai-je à nouveau ta langue agile dans ma bouche ? Est-ce que je prendrai encore tes seins dans mes mains ?"
Imaginez la scène érotique - voire pornographique - qu'un réalisateur moderne pourrait filmer.  La tonalité n'est-elle pas clairement sexuelle malgré une  certaine retenue dans l'expression ?


Il est évident que ce texte a été écrit pour des lecteurs cultivés, capables (contrairement à nous) de comprendre, par exemple, les allusions salaces à Paris et Hélène (celle-ci est enlevée par son amant le prince Troyen Pâris), les références à Ganymède (Zeus est amoureux de ce beau garçon), Hippolyte, Diomède et Antée - autant de références à la mythologie qui évoquaient aussi des images érotiques chez les lecteurs anciens. Parfois le sens de certaines allusions est à peine caché, comme l'image de la sève qui emplit le corps de Lucrèce.
Ce roman eut un énorme succès, publié d'abord sous la forme de manuscrit puis traduit dans plusieurs langues et imprimé plusieurs fois (plus de 40 éditions) .

Notre auteur, Enea Silvio Piccolomini, un Siennois, a connu deux vies : il fut d'abord un homme de lettres connu et réputé avec une oeuvre littéraire et historique abondante. Une oeuvre de haute tenue intellectuelle, d'une toute autre qualité que celle de notre histoire passablement grivoise, une oeuvre de jeunesse.
Parvenu à l'âge de 40 ans environ, il changea complètement de voie,  devint prêtre puis évêque (à Trieste) , puis franchissant  toutes les étapes, il fut élu pape en 1458 et il prit le nom de Pie II. (Durant son pontificat, disent les historiens, il s’est attaché à restaurer l’autorité morale du Saint-Siège et fut moralement un pape humble et fidèle, soucieux de ses devoirs.)
C'est ainsi qu’au milieu d'oeuvres de grande valeur, on trouve un roman assez osé et surprenant pour un futur pape... On a du mal à imaginer les termes 'érotisme' et 'pape' ensemble, et pourtant, c’est possible...
 
 





Historia de duobus amantibus

 The Tale of Two Lovers


This chapter is different from the others. This why I have kept the Latin title of the novel I am writing about. Instead of highlighting a relationship between art and gay sex, I deal here with a male - female relationship, that of a mistress and her lover.

It must be pointed out that the text I am referring to was written in 1440 and was designed for a refined readership of great aristocrats and intellectuals who were living in a world extremely different from ours. Literature-wise, the educated readers of past times understood allusions to ancient mythology and appreciated the "language of equivocation " which uses verbal disguise and aims at softening the crudeness of expression without concealing the real meaning. Hence, there is no crudeness, let alone obscenity, but a transparent veil thrown over the narrative so as not to overstep the formal limits of conventions and contravene decency. The fact remains what the author meant to express is expressed indeed!
So why this article, which ultimately has nothing to do with gay sexuality, and which does not even seem really smutty ?  The answer lies in the name, social status and functions of the author, which I will reveal at the end. The name of an author of an erotic story that no one, either in the past or today, would have considered mentioning...

Enea Silvio Piccolomini, his real name, born in 1405, was a well-known humanist, a man of letters, a famous writer, the author of poetic and romantic works who left behind an important (and entirely ‘serious’) body of work. However, among his works there is a surprising novel, written in his youth, an erotic book entitled Historia de duobus amantibus (The Tale of Two Lovers). (Yes, this great intellectual wrote in Latin!)

The plot tells the meeting of Lucretia, a young married bourgeois woman from Siena, and Euryalus, a member of a princely delegation passing through the city. They fall in love, get impassioned; the writer makes a very clear and vivid description of the consummation of this carnal story of forbidden love. For the 15th century, the writing is quite daring. Judge for yourself:

Lucretius wore a light dress that clung to her body and concealing neither her breasts nor her hips. She displayed her limbs exactly as they were: her throat was snowy white, her eyes shone with the radiance of the sun, her glance was happy [...] She was deep-bosomed, and her breasts swelled out like two pomegranates, so that one longed to touch them.


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Wood engravings from an Italian 1470 edition of the Tale of Two Lovers

The lovers have to  find various means to keep unwanted persons away, the husband in the first place but finally...
Lucretia said : "‘Come , Euryalus, my heart. Come, fountain of my pleasures, my spring of happiness. Come, my incomparable darling. For all is safe now for our conversation and our embraces.

Euryalus could contain himself no longer, but forgot his fear and cast aside all modesty. Coming close to her, he said:" At last let us enjoy pour love," and he matched his actions to his words.
He seized her dress, half tore it; and while she resisted with no desire to win, he easily got the better of her. […] Speaking together thus, they went into her room, where they passed such a night as, I imagine, the two lovers spent, when Paris had carried off Helen in his tall ship; so sweet a night that both Mars and Venus could not have been better together. He marvelled at his eyes on her mouth, her cheeks and her eyes. Lucretia answered: "You are my Ganymede, my Hippolytus, my Diomedes. [...] And sometimes, raising the blanket, he gazed at those secret parts he had not seen before, and cried :" I find more than I had expected ".


And Euryalus added, "What could be more beautiful, more resplendent than this body? [...] O noble breast, O breasts that offer themselves to caresses, am I touching you, am I holding you, you that my hands are fondling ? O sweet forms, O perfumed body, is it truly you that I am holding, are you really mine?   [...] Sweetness of our kisses, sweetness of our entwined bodies, no one has ever been happier than I. "

Not a kiss that was not returned, not a word of love that was not repeated. He kissed her and she kissed him. They embraced, held one another other tight, and never felt the fatigue of love, but like Antaeus, who rose ever stronger, they found strength and energy in their amorous struggles.


  But when morning came, desperate, they had to part: "  O white bosom, O sweet tongue, O languid eyes, O beautiful spirit, O marble body filled with sap? When will I kiss those ruby-red lips again? When will I feel your nimble tongue in my mouth again? Will I take your breasts in my hands again?"

Just imagine the erotic, even pornographic, scene a modern film maker could shoot. Isn't sex clearly described despite a certain restraint in the expression ?

It is clear that this text was written for educated readers, capable of understanding (unlike us), for example, the salacious allusions to Paris and Helen (the latter is abducted by her lover, the Trojan prince Paris), the references to Ganymede (Zeus is in love with this beautiful boy), Hippolytus, Diomedes and Antaeus - all references to mythology that also evoked erotic, even pornographic images in ancient readers. On the other hand, the meaning of certain other metaphors is barely concealed, such as the image of sap filling Lucretius' body.

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This novel was hugely successful, first published in manuscript form, then translated into several languages and printed several times (more than 40 editions).

Our author, Enea Silvio Piccolomini, a native of Siena, led two lives: he was first a well-known and renowned man of letters with an abundant literary and historical oeuvre. A work of high intellectual calibre, of a completely different quality from that of our rather risqué story, a mere work of youth.

But when he reached the age of about 40, he changed course completely, becoming a priest and then a bishop (in Trieste), then, after climbing all the steps of the ladder, he was elected pope in 1458 and took the name Pius II. (During his pontificate, historians say, he strove to restore the moral authority of the Holy See and was morally a humble and faithful pope, mindful of his duties.)

Thus, among works of great value, we find a novel that is quite daring and surprising for a future pope... It is difficult to imagine the terms “eroticism” and “pope” together, and yet it is possible..






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