PARTIE 1 -
Une journée de Giton et Encolpe à Puteola (Pouzolles, de nos jours)
L’air lourd des thermes enveloppait
Encolpe comme une seconde peau, chargé de cette
humidité tiède qui collait aux bronzes des murs et aux
corps des baigneurs. Des voûtes en pierre, noircies
par des années de vapeur, semblaient suinter une
chaleur sourde, tandis que les éclats de voix et les
rires étouffés résonnaient entre les colonnes
cannelées. Il avançait d’un pas traînant, les sandales
claquantes sur le marbre poli, les doigts effleurant
distraitement la ceinture de sa tunique. Même s’il
avait volé un pain - plutôt rassis il est vrai - et
des olives au marché de Subure, la faim lui tordait
encore les entrailles, mais une autre faim, plus
sournoise, lui brûlait le bas-ventre. Les salles des
thermes se suivaient. Après le caldarium, où l’air
chaud et humide était lourd et presque irrespirable,
Encolpe passa dans le tepidarium puis le frigidarium.
Là, sur les bancs, le long des murs, des vieillards
aux chairs flasques se prenaient pour des philosophes
en se frictionnant l’échine, des marchands bedonnants
négociaient des contrats entre deux gorgées de vin
coupé, et des jeunes gens, les cheveux encore humides
de la natatio, étaient allongés sur les bancs de
marbre en s’étirant comme des chats. Encolpe les
observait du coin de l’œil, la lèvre supérieure
frémissante. Il n’avait pas le temps pour ces jeux de
regards, pas aujourd’hui. Giton avait disparu depuis
l’aube, et Ascyltos rôdait quelque part, ce chien,
prêt à lui souffler sa proie comme il lui avait déjà
volé sa dernière obole.
Il poussa la porte de bois massif menant à la
palestre, et l’air changea aussitôt. La lumière, le
soleil inondait le vaste espace. Les murs des galeries
qui l’entouraient étaient ornés de fresques
représentant des athlètes en pleine lutte, leurs
muscles saillants peints dans des postures
impossibles, les cuisses luisantes d’huile comme si on
venait tout juste d’y passer l’éponge. Au centre, une
dizaine de jeunes hommes s’entraînaient, leurs corps
nus brillants sous le soleil de l’après-midi. Certains
soulevaient des haltères, les veines de leurs
avant-bras gonflées comme des cordes, d’autres
s’affrontaient à la lutte, leurs peaux claquant à
chaque prise, le souffle court sifflant entre leurs
dents serrées. Là, près des estrades, un garçon aux
hanches étroites se courbait pour ramasser un disque
de bronze, ses fesses pâles tendues vers le ciel, ses
cuisses minces tremblant sous l’effort. Un autre, plus
grand, les épaules larges comme celles d’un portefaix,
se versait de l’huile sur les paumes avant de se
frictionner les pectoraux, ses mamelons durs comme des
cailloux sous ses doigts. Et puis il y avait celui-là,
accroupi près du mur, les genoux écartés sans pudeur,
qui se grattait la nuque en riant, exposant sans le
savoir le duvet blond de son aine, là où la toison
commençait à s’épaissir. Encolpe sentit ses
doigts se crisper. Il aurait pu jurer que l’air, ici,
était plus épais, comme chargé des effluves musqués de
ces corps en sueur.
Un rire gras retentit soudain près de lui. Il tourna
la tête et aperçut, dans l’ombre d’une colonne, un
petit groupe attroupé autour d’un banc de pierre. Deux
hommes - l’un bedonnant, la barbe grisonnante, l’autre
sec comme un clou, les joues creusées par la débauche,
encadraient un jeune garçon tout juste pubère.
Celui-ci était assis sur les genoux du plus vieux, les
jambes repliées sous lui comme une poupée de chiffon,
sa tunique de lin blanc remontée jusqu’à mi-cuisses.
Le barbu lui tenait le menton d’une main, ses doigts
boudinés écrasant presque les lèvres du jeune, tandis
que l’autre, le sec, avait glissé une paume sous
l’étoffe, là où la toison pubienne devait ombrager la
peau. « Allez, mon petit coq, montre-nous donc si tu
sais chanter », grogna le barbu en écrasant sa bouche
contre celle du garçon.Encolpe entendit le gémissement
étouffé du garçon, vit ses doigts s’agripper aux bras
de son ravisseur, non pas pour le repousser, mais pour
se retenir de basculer en arrière. L’autre homme,
celui aux joues creuses, ricana en remuant la main
sous la tunique, ses phalanges dessinaient des cercles
lents sur le ventre plat du jeune. « Je sens quelque
chose de petit mais bien agréable dans la main. Voilà,
dit-il d’une voix rauque, qui prendra gentiment du
service demain pour me mettre en appétit. Aujourd’hui,
après avoir mangé une grosse anguille, je ne veux pas
de menu fretin. »
Un frisson parcourut l’échine d’Encolpe. Il
connaissait cette voix, ce ton dédaigneux qui
promettait autant de douleur que de plaisir. L’ado
gémit à nouveau, plus fort cette fois, et le barbu en
profita pour lui fourrer deux doigts dans la bouche,
étouffant le son. « Suce, petit, ou je te fais sucer
par les autres. Tu choisiras ? » Le garçon obéit, les
joues creusées, les yeux brillants d’une humidité qui
n’était pas que de la peur. Encolpe serra les dents.
Il aurait pu s’approcher, proposer ses services - ou
ceux de Giton - pour une pièce ou deux. Mais quelque
chose le retenait. Peut-être la façon dont le garçon
se laissait faire, les cuisses légèrement écartées,
comme s’il attendait déjà qu’on lui dise de les ouvrir
davantage. Ou peut-être cette main sous la tunique,
qui devait maintenant enrouler des doigts autour d’une
hampe encore molle, la réchauffant, la préparant. Il
détourna les yeux, la bouche amère. Ascyltos adorerait
cette scène. Encolpe, lui, préférait des proies moins
dociles.
C'est alors qu'il l'aperçut.
Giton.
Adossé contre un pilier à l’autre bout de la palestre,
les bras croisés sous sa poitrine menue, comme s’il
n’avait rien de mieux à faire que d’attendre qu’on le
remarque. Il portait cette tunique courte, celle que
Encolpe lui avait volée—ou plutôt empruntée, comme il
aimait à le dire—sur l’étal d’un marchand du Macellum
– le marché de Puteoli, un morceau de lin si fin qu’il
moulait ses hanches étroites et laissait deviner, à
chaque mouvement, le galbe ferme de ses fesses. Le
tissu, remué par un courant d’air, se soulevait par
intermittence, offrant des aperçus fuyants de la peau
laiteuse de ses cuisses, là où la toison brune
commençait à s’épaissir. Giton avait ce don, cette
façon de se tenir qui faisait croire qu’il était là
pour eux, pour lui, même quand il fixait le vide. Ses
lèvres, légèrement entrouvertes, luisaient comme si
elles venaient d’être léchées. Ses yeux - noirs, trop
grands pour son visage - brillaient d’un éclat
fiévreux, et ses doigts, longs et fins, tapotaient
distraitement sa cuisse, comme s’il comptait les
battements de son propre cœur. Autour de lui, les
regards glissaient, s’attardaient sur sa silhouette
androgyne qui attirait les hommes autant que les
femmes. Un lutteur, encore essoufflé par son combat,
s’arrêta net en le voyant, les narines frémissantes.
Un vieux sénateur, qui n’aurait dû avoir d’yeux que
pour les jeux du cirque, détourna la tête un peu trop
vite. Même les esclaves chargés de ramasser les
éponges semblaient ralentir en passant près de lui.
Encolpe avança, ses sandales crissant sur les grains
de sable éparpillés. Il ne se pressait pas. Giton
l’avait déjà repéré - il le savait. Le jeune homme ne
bougea pas, mais ses doigts cessèrent de tapoter sa
cuisse.« Tu te montres, enfin », murmura Encolpe en
s’arrêtant à un pas de lui. « J’ai cru que t’avais
filé avec Ascyltos. »Giton leva les yeux, un sourire
en coin étirant ses lèvres. La voix du jeune homme
était plus rauque qu’à l’habitude, comme s’il avait
crié- ou gémi - trop fort. Encolpe sentit ses doigts
se refermer en poing. Il aurait pu le gifler, là, tout
de suite, pour cette insolence. Ou l’embrasser. Les
deux options lui semblaient également tentantes.« Tu
sais très bien ce qu’il te ferait, ce porc »,
gronda-t-il. « Il te vendrait à la première taverne
venue pour une cruche de vin. » Giton éclata de rire,
un son clair, presque enfantin, qui résonna
étrangement dans la lourdeur de l’air.« Et toi, tu me
gardes par pure charité ? » Il se décolla du pilier,
la tunique remontant encore un peu plus, et fit un pas
vers Encolpe, assez près pour que ce dernier sente la
chaleur de son corps. « Ou bien c’est parce que t’as
peur que je trouve quelqu’un qui me baise mieux que
toi ? » Le mot – baise - frappa Encolpe comme un coup
de poing dans le ventre. Il attrapa Giton par le
poignet, les doigts s’enfonçant dans la peau tendre de
l’intérieur de son bras.
« Viens », siffla-t-il. Encolpe ne lui laissa
pas le temps de protester. D’un mouvement vif, il
l’entraîna vers l’arrière de la palestre, là où un
couloir étroit, à peine éclairé par une lampe à huile
mourante, menait aux réserves de cire et d’huile.
Personne ne venait jamais ici, sauf les esclaves trop
paresseux pour faire leurs besognes en plein jour.
Encolpe connaissait les lieux. Il connaissait surtout
le renfoncement, derrière les jarres d’argile, où l’on
pouvait s’accroupir sans être vu. Giton se laissa
pousser sans résistance, riant toujours, mais son rire
se brisa net quand Encolpe le plaqua contre le mur, la
pierre froide collant à son dos. « Tu veux jouer,
petit ? » murmura Encolpe en lui agrippant les
hanches, ses pouces s’enfonçant dans la chair ferme
des fesses, là où la tunique s’était relevée toute
seule, comme si elle avait hâte d’être écartée. «
Alors on va jouer. D’un geste sec, il troussa le
vêtement jusqu’à la taille, exposant Giton à l’air
libre. Le garçon frissonna, mais pas de froid. Ses
cuisses se serrèrent l’une contre l’autre, puis
s’écartèrent légèrement, comme malgré lui. Encolpe
grogna en voyant la peau pâle de ses fesses, encore
marquée des traces roses des dernières corrections -
les siennes, ou celles d’Ascyltos, il n’aurait su le
dire. Peu importait. Ce qui comptait, c’était la façon
dont Giton cambrait déjà les reins, offrant son cul
comme s’il savait ce qui allait suivre.
« Penche-toi », ordonna Encolpe, la voix rauque. Giton
obéit sans hésiter, les paumes à plat contre le mur,
les doigts écartés comme s’il cherchait un appui.
Encolpe se colla contre lui, sentant la chaleur de son
dos, l’odeur âcre de sueur et de cette pommade bon
marché qu’il s’était frottée dans les cheveux. Il
passa une main entre les cuisses du jeune homme,
trouvant son sexe déjà dur, la peau tendue sur la
hampe, le gland luisant d’une perle de désir. « Putain
de petit salopard », murmura-t-il en serrant, juste
assez pour faire gémir Giton. « Toujours prêt, hein ?
»
Il n’attendit pas de réponse. Ses doigts quittèrent le
sexe de Giton pour remonter le long de son ventre,
puis plus haut, jusqu’à ses tétons, qu’il pinça sans
douceur. Giton sursauta, un son étouffé lui échappant.
« Chut », murmura Encolpe en lui mordillant l’oreille.
« Tu veux qu’on nous entende ? » Il ne lui laissa pas
le temps de répondre. Sa main gauche maintint Giton en
place, les doigts enfoncés dans sa hanche, tandis que
la droite descendait plus bas, entre les fesses, là où
la peau était plus douce, plus chaude. Il trouva
l’entrée sans peine, encore serrée malgré les fois où
il l’avait prise. Giton retint son souffle quand le
doigt d’Encolpe commença à tourner, à appuyer, avant
de s’enfoncer enfin, phalange par phalange, dans la
chaleur humide de son corps.« Tu… tu vas me déchirer
», haleta Giton, les doigts crispés contre la pierre.
« Non », répondit Encolpe en ajoutant un deuxième
doigt, les faisant ciseaux pour l’ouvrir. « Je vais te
préparer. Parce qu’aujourd’hui, petit, je te veux en
entier. »
Giton gémit, un son brisé, et poussa ses fesses en
arrière, comme pour prendre les doigts plus profond.
Encolpe rit bas, sentant les muscles internes du jeune
homme se contracter autour de ses phalanges. « Voilà.
Comme ça. Montre-moi à quel point t’en as envie. » Il
n’eut pas besoin de lui dire deux fois. Giton se mit à
onduler, lentement d’abord, puis avec plus d’audace,
ses hanches roulant en cercles serrés, ses
gémissements devenant plus aigus, plus désespérés.
Encolpe ajusta son propre vêtement d’un geste vif,
libérant son sexe, déjà dur comme du bois, la peau
tendue presque à craquer. Il cracha dans sa paume et
s’enduisit rapidement, avant de replacer ses doigts
contre l’entrée de Giton, cette fois pour guider son
gland contre la chair palpitante.
Attends », commença Giton, mais le mot se transforma
en un cri quand Encolpe poussa, d’un coup de reins
sec, enfonçant les premiers centimètres en lui.
Putain ! »
Giton se raidit, les doigts griffant le mur, mais
Encolpe ne lui laissa pas le temps de s’adapter. Il
attrapa ses hanches à deux mains et enfonça le reste
d’un seul mouvement, sentant la résistance céder dans
un éclat de douleur et de plaisir. « Là. Maintenant tu
m’appartiens!.hurla Giton. Peut-être était-ce un
gémissement, Encolpe ne savait plus. Tout ce qui
comptait ? Tout ce qui comptait, c’était la chaleur
qui l’enveloppait, les muscles de Giton qui se
contractaient autour de lui comme pour le chasser,
puis l’aspirer plus profond. Il commença à bouger,
d’abord par petits coups de reins, puis avec plus de
force, chaque poussée faisant claquer leur peau l’une
contre l’autre, le son humide se mêlant aux
halètements de Giton.
« Plus fort », supplia le jeune homme, la voix
brisée. « S'il te plaît, Encolpe, défonce-moi.
Encolpe grogna, les doigts s’enfonçant dans la chair
des fesses jusqu’à y laisser des marques.
Tu veux ça ? » Il donna un coup de reins si violent
que Giton se cogna le front sur le mur.
« Tu veux que je baise la petite chienne
que t'es ? »
Giton se cambra davantage, offrant son cul, ses
gémissements devenant incohérents. « Oui, putain, oui…
» Encolpe ne se fit pas prier. Il accéléra le rythme,
ses hanches frappant les fesses de Giton avec des
claquements sourds, chaque coup de bout enfonçant le
garçon un peu plus contre le mur. Il pouvait sentir la
sueur de Giton couler le long de son dos, entendre ses
suppliques devenir de plus en plus désespérées,
jusqu’à ce qu’elles ne soient plus que des sons
rauques, presque animaux.« Je vais jouir », gronda
Encolpe, les dents serrées. « Et tu vas tout prendre,
petit. Tout. » Giton ne répondit pas. Il n’en était
plus capable. Il se contenta de hoqueter quand Encolpe
enfonça ses doigts entre le mur et son ventre,
attrapant son sexe dur comme de la pierre, et commença
à le branler en rythme avec ses coups de reins.
« Allez, jouis pour moi », ordonna Encolpe. «
Montre-moi à quel point t’aimes ça. »
Ce fut comme si on avait rompu un barrage. Giton se
raidit, un cri déchirant lui échappant tandis que son
sexe pulsait dans la main d’Encolpe, éjaculant en jets
chauds contre le mur. La sensation de ses muscles
internes se contractant autour de la queue d’Encolpe
fut trop pour ce dernier. Avec un grognement sourd, il
s’enfonça jusqu’à la garde et déversa le sperme
brûlant, remplissant Giton jusqu’à déborder, coulant
le long de ses cuisses tremblantes. Pendant un long
moment, il resta ainsi, haletant, le front collé
contre l’épaule de Giton, sentant les frissons
parcourir le corps du jeune homme à chaque soubresaut
de son manche encore dur. Puis, lentement, il se
retira, regardant avec satisfaction son sperme couler
entre les fesses de Giton, épais et blanc, comme une
offrande.
A cet instant, un esclave, attiré par les bruits
étouffés, entra dans le couloir avec un panier de
linge. Il était jeune, guère plus de vingt ans, mince
avec des cheveux bouclés bruns et était vêtu seulement
d’une sorte de pagne qui ne cachait même pas ses
fesses rondes et dures. Un chaleur sensuelle se
dégageait de lui. C’était le genre de garçon qui, le
soir venu, devait faire les délices du dortoir où
couchaient les esclaves. Au lieu de détourner les
yeux, le nouvel arrivant observa lentement les deux
garçons et son regard s’attarda sur le sexe encore à
moitié bandé de Giton et les rubans de sperme qui
coulaient sur ses cuisses. Il sourit en coin et posa
le panier. « Vous avez besoin d'aide pour... nettoyer
? » proposa-t-il, les yeux toujours fixés sur Giton.Ce
dernier ne répond pas, mais son corps, lui, hurlait
son accord. Le jeune esclave s'approcha, son odeur de
sueur envahissant l'espace entre eux. D'un geste lent,
presque hésitant, il tendit la main pour effleurer la
peau brûlante de la cuisse de Giton. Ses yeux étaient
rivés sur le sexe de Giton, encore luisant de sperme
et de lubrification. L'esclave ne se fit pas prier. Un
sourire carnassier étira ses lèvres alors
que,abandonnant totalement son panier de linge, et
avec une hâte fébrile, il laissait tomber son pagne
pour se montrer nu devant les eux hommes,
Giton, toujours essoufflé, attrapa la main de
l'esclave et la guida vers son entrée. Le contact
était électrique, une décharge qui parcourut la
colonne vertébrale de Giton, faisant vibrer chaque
pore de sa peau. Il gémit, la tête renversée contre le
mur froid du couloir, alors que les doigts de
l'esclave s'enfonçaient avec audace dans son entrée
béante et palpitante. Le contact était brûlant.
L'esclave ne se contenta pas de toucher ; il commença
à masser l'ouverture, étirant les parois encore
contractées par le plaisir, provoquant chez Giton un
frisson violent qui fit cambrer son dos.Encolpe,
debout et encore haletant, observa la scène avec une
fascination croissante. Voir ce serviteur, d'ordinaire
invisible, se livrer avec autant de voracité aux
plaisirs de son compagnon fit gonfler son membre une
nouvelle fois. Il sentit son sang bouillonner, une
excitation brute et primitive le saisissant. Il ne
repoussa pas l'intrus ; au contraire, il s'approcha,
dominant les deux hommes de sa stature.« Tu as l'air
très motivé pour le nettoyage, esclave », railla
Encolpe d'une voix rauque, tout en saisissant les
cheveux du serviteur pour forcer son visage à se lever
vers lui. « Agenouille-toi devant moi ! » L'esclave,
le regard brillant de luxure, ne répondit pas avec des
mots. Il se mit à genoux, ouvrit grand la bouche et
s'empara du sexe dressé d'Encolpe, l'engloutissant
d'un coup avec une ferveur désespérée. La chaleur de
sa gorge et la succion puissante de sa langue firent
gémir Encolpe, qui ferma les yeux, savourant ce double
plaisir : sentir Giton se faire manipuler en dessous
tandis qu'il se faisait sucer avec vigueur.
Giton, stimulé par les doigts agiles de l'esclave qui
cherchaient maintenant sa prostate avec précision,
commença à s'agiter. « Prends-moi... vite... »
supplia-t-il, sa voix brisée par l'extase. L'esclave,
tout en continuant de sucer et de lécher le sexe
d'Encolpe, utilisa son autre main pour attraper les
fesses de Giton, les écartant largement pour mieux
voir l'entrée rougeoyante et tremblante. Il finit par
sortir ses doigts pour remplacer son toucher par son
propre membre, déjà dur et impatient. Sans aucune
hésitation, il poussa sa queue dans le cul de Giton,
s'enfonçant d'un coup sec. Giton poussa un cri
étouffé, sa main se refermant violemment sur
l'avant-bras d'Encolpe. Le contraste était saisissant
: l'esclave frappait avec une force brutale et rapide,
tandis qu'Encolpe, toujours dans la bouche du
serviteur, rythmait les poussées de ses hanches,
utilisant la tête de l'esclave comme un support pour
s'enfoncer plus profondément dans sa gorge.
Le couloir résonnait désormais de bruits crus : le
claquement des peaux qui s'entrechoquaient, les
succions humides et les gémissements désordonnés des
trois hommes. Encolpe regardait avec un plaisir
sadique l'esclave s'acharner dans le cul de Giton,
voyant le corps de ce dernier tressaillir à chaque
coup de reins.L'excitation atteignit son paroxysme.
Encolpe, sentant le point de non-retour, accéléra le
mouvement de son bassin, forçant l'esclave à avaler
presque tout son membre. Dans un dernier spasme
violent, il jouit abondamment, remplissant la bouche
du serviteur de jets de sperme chaud et épais. Presque
simultanément, l'esclave, poussé par l'intensité des
contractions de Giton, poussa un grognement animal et
vida sa semence profondément dans les entrailles de
Giton.
Les trois hommes restèrent là, entremêlés, le silence
revenant peu à peu dans le couloir, seulement troublé
par les respirations haletantes. Le sperme dégoulinait
le long des cuisses de Giton et du coin des lèvres de
l'esclave. Encolpe renvoya l’esclave. « Prends ton
panier et disparaît. Et ne va pas te vanter de ta
bonne aventure auprès des autres si tu ne veux pas te
faire fouetter ! Nettoie-toi la bouche et file ! »
L’esclave disparut sans perdre une seconde, trop
content du bon moment que les dieux Lares lui avaient
envoyé.
Encolpe se retourna vers Giton, affalé contre le mur,
vidé, mais repu de sexe après avoir accueilli deux
hommes affamés de sexe de suite. « Maintenant »,
murmura-t-il , presque jaloux de ne pas avoir été
aussi pris et bourré que le jeune Giton, « même les
dieux seraient jaloux de toi. »
Giton rit faiblement, les jambes tremblantes,
incapable de se tenir debout sans l’appui du mur. «
T’es con, », murmura-t-il. « Vous m’avez bourré comme
des tarés. Je pourrai même pas m’asseoir demain ! »
Encolpe lui donna une tape sur la fesse, le faisant
sursauter. « Oui, mais toi, t’es à moi. » Il rabaissa
la tunique de Giton d’un geste possessif, avant de se
rhabiller à son tour. « Allez, viens. On va essayer de
trouver à manger vers les entrepôts de la Porta
Marina. »
Giton le suivit, les cuisses encore collantes, un
sourire satisfait aux lèvres. Dehors, dans la
palestre, les lutteurs avaient repris leur
entraînement, indifférents à ce qui venait de se
passer dans l’ombre. Mais Encolpe savait une chose :
avant la fin de la journée, Ascyltos aurait vent de
leur étreinte. Et alors, la vraie partie commencerait
PARTIE 2
- Giton et Encolpe à Pompei,
le 17 octobre 79
Le Forum grouillait
de vie sous le soleil de Campanie. Les
étals du marché de Pompéi regorgeaient
d’amphores d’huile, de sacs de blé,
ainsi que de fromages et de saucisses
suspendus en grappes. L’air était
chargé d’un mélange d’odeurs : épices,
poisson frais, sueur et poussière. Au
milieu de la foule, deux silhouettes
décharnées se frayaient un chemin, les
yeux vifs et les mains agiles.
Encolpius, le visage émacié par la
faim, ouvrait la marche devant Giton,
plus jeune et tremblant. D’un geste
rapide, Encolpius s’empara d’une
poignée de figues sèches sur un étal
et les fourra sous sa tunique usée,
tandis que Giton attrapait un morceau
de galette laissé sur un autre étal.
Un marchand se mit à crier, mais ils
avaient déjà disparu dans la foule, le
cœur battant à tout rompre. Ils
quittèrent le Forum et ses
majestueuses colonnades et se
dirigèrent vers le quartier du Grand
Amphithéâtre. L’espoir les rongeait :
peut-être pourraient-ils se glisser
parmi les spectateurs et recevoir un
peu de la nourriture distribuée
pendant les jeux ? En s’approchant,
ils se cachèrent derrière une colonne
pour observer l’entrée des
gladiateurs.
Au moment même où
ils arrivaient, un homme descendait
d’une litière portée par quatre
esclaves. Il était vêtu d’une toge
blanche bordée d’une bande pourpre –
du genre de celles que portaient les
patriciens les plus éminents. Mais ce
qui attira le regard des deux jeunes
gens affamés, ce fut l’éclat de ses
bagues : ses mains en étaient
couvertes. Il portait également un
collier en or ouvragé, serti de
pierres précieuses sombres. Il
s’adressait d’un ton autoritaire à un
lanista, le maître des gladiateurs, à
l’entrée de la caserne. Un sourire de
satisfaction illuminait son visage.
Il est venu rendre hommage à quelques
héros de l’arène et se soumettre à la
puissance de leur virilité », murmura
Encolpius avec un mélange de mépris et
de jalousie. Giton, les yeux
écarquillés par l’éclat de l’or, ne
répondit pas. Ils regardèrent l’homme
pénétrer dans l’enceinte réservée aux
combattants, suivi d’un esclave
portant un panier qui devait contenir
des présents.
Soudain, un
grondement sourd et profond secoua le
sol sous leurs pieds. Ce n’était pas
le tonnerre ; cela venait du centre
même de la terre. Les colonnes
vibraient, et une fine poussière
tombait des corniches. Dans la rue,
les cris des marchands et des passants
s’éteignirent d’un seul coup,
remplacés par un silence stupéfait.
Puis le bruit s’amplifia, comme si la
terre elle-même cédait sous leurs
pieds. Une amphore tomba d’un étal et
se brisa dans un fracas de poterie qui
sembla briser ce moment suspendu. Le
ciel, qui était d’un bleu si pur
quelques instants plus tôt, commençait
à s’assombrir à l’horizon.
La secousse frappa
comme un coup de pied à la poitrine.
L’instant d’avant, l’endroit
bourdonnait encore, les passants
s’interpellaient, les marchands
criaient, et l’instant d’après, le
monde s’effondrait, réduit en
poussière. Un gémissement
assourdissant de pierre engloutit tous
les autres sons. La main d’Encolpe se
referma sur le poignet de Giton avant
que le jeune homme n’ait pu pousser le
moindre cri.
«Bouge. Tout de
suite. Vite ! »
Giton trébucha, son visage parfait
figé par le choc. Ses boucles dorées
formaient un halo poussiéreux dans
cette étrange lumière plate. De la
poussière, épaisse et suffocante,
tourbillonnait déjà au pied de la
colonne la plus proche, où un réseau
de fissures filait vers le sommet. Une
statue de Vénus trembla sur son socle
avant de s’écrouler.
Encolpe ! » La voix de Giton résonna
comme un crochet acéré dans le chaos.
Il s’agrippa, ses doigts fins
s’enfonçant dans la laine rugueuse de
la tunique d’Encolpe. Mais ses grands
yeux terrifiés ne se posaient pas
uniquement sur son amant. Ils se
posèrent, l’espace d’un battement de
cœur, par-dessus l’épaule d’Encolpe.
Encolpe suivit ce
regard. De l’autre côté de la place
qui s’effondrait, à l’abri sous l’arc
tremblant d’un portique, se tenait
Ascyltus. Il ne courait pas. Il
observait. Un sourire narquois et
familier transperçait la poussière qui
recouvrait son visage. Il regardait
droit vers Giton.
Une rage brûlante et immédiate balaya
la peur d’Encolpe. Il attira Giton
contre lui, le corps du garçon léger
et souple. « Si tu le regardes encore,
je te jure par tous les putains de
dieux qui font trembler cette montagne
que je t’aveuglerai. » Sa voix n’était
qu’un grognement sourd à l’oreille de
Giton. Ce n’était pas une
plaisanterie.
Un craquement
tonitruant déchira l’air. Une colonne,
juste à leur droite, céda, le marbre
s’écaillant comme un fruit pourri.
Elle s’écroula, explosant sur le pavé
où ils se tenaient quelques secondes
auparavant. Des éclats de pierre leur
fouettaient le visage. « Cours
! » Cette fois, Encolpe le bouscula,
les propulsant tous les deux dans des
ruelles étroites et enfumées de
poussière. Le monde n’était plus que
bruit, cris et le frémissement profond
et viscéral de la terre qui tremblait
sous leurs pieds nus. Ils coururent,
les poumons en feu. Encolpe ne le
lâcha pas. Il entraîna Giton à travers
un dédale de ruelles, loin du cœur de
la ville en train de s’effondrer,
Après quelques
minutes Giton s’affaissa contre un
mur, la poitrine haletante. Un fin
voile de sueur et de poudre faisait
briller sa peau. Il tremblait. Encolpe
s’appuya contre l’encadrement de la
porte d’une maison effondrée, faisant
obstacle à la lumière, l’observant. La
peur dans les yeux de Giton avait
changé. Elle s’était aiguisée, avait
pris un éclat tranchant. Le frisson de
la poursuite, de la fuite. Ça lui
faisait toujours cet effet.
« Il t’observait », dit Encolpius
d’une voix rauque.
« Tout le monde m’observe », souffla
Giton, un fantôme de son sourire
timide réapparaissant. Il repoussa une
boucle humide de son front. « Toi plus
que tout le monde. »
Encolpe franchit la
petite distance en deux enjambées. Il
coinça Giton contre le mur, ses mains
frappant le plâtre de part et d’autre
de cette tête magnifique et
exaspérante. Il sentait les vibrations
résiduelles dans la pierre, ou
peut-être n’était-ce que son propre
pouls. « Non. Ne joue pas à ce jeu-là.
Pas maintenant. » Les lèvres de Giton
s’entrouvrirent. Son souffle était
haletant. « Quel jeu ? C’est la fin du
monde. Qu’y a-t-il d’autre ? »
Ces mots étaient
une provocation, et ils atteignirent
leur but. Encolpe écrasa sa bouche
contre celle de Giton. Ce n’était pas
un baiser d’affection ; c’était une
revendication. Une punition. Giton
gémit, son corps se cambrant pour
s’éloigner du mur et se presser contre
la dureté d’Encolpe. Ses mains se
levèrent, non pas pour le repousser,
mais pour agripper les épaules
d’Encolpe, ses doigts griffant le lin
humide de sueur. Les mains d’Encolpe
quittèrent le mur. L’une d’elles se
glissa sous la cuisse de Giton, la
soulevant contre sa hanche, pressant
leurs corps l’un contre l’autre. Le
tissu rugueux de leurs tuniques
formait une barrière exaspérante. D’un
coup sec et brutal, Encolpe déchira
l’épaule du vêtement de Giton, le lin
se déchirant comme un soupir. La
surface lisse et imberbe de sa
poitrine et de son épaule fut mise à
nu. « Tu veux du public ? » grogna
Encolpe contre sa gorge, mordant la
jonction délicate entre son cou et son
épaule. Giton poussa un cri, un son
aigu et doux. « Tu veux qu’il nous
voie ? Qu’il nous trouve. Qu’il voie
ce qui m’appartient. »
Il fit pivoter
Giton, plaquant son torse contre le
mur poussiéreux. Giton haleta, ses
mains s’écartant contre le plâtre pour
garder l’équilibre. Encolpe remonta la
tunique en lambeaux jusqu’à la taille
de Giton, dévoilant les courbes pâles
et parfaites de ses fesses. Il
n’attendit pas. Il ne se prépara pas.
Il cracha dans sa paume, s’enduisa
grossièrement de salive, puis pressa
le bout de sa queue contre cet anneau
serré et interdit.
« Encolpe, s’il te
plaît… » La voix de Giton était
brisée.
« S’il te plaît quoi ? » Encolpe
s’enfonça d’un coup violent et
implacable. Giton hurla. Le son fut
étouffé par les murs épais et le
grondement lointain de la ville
agonisante. Son corps se raidit, serré
comme dans un étau par le choc et la
douleur, puis céda peu à peu,
acceptant cette invasion brutale.
Encolpius resta enfoncé jusqu’à la
garde, sentant battre autour de lui le
pouls sauvage et frénétique de Giton.
Il se pencha, recouvrant le corps de
Giton du sien, la bouche contre son
oreille.
« Ça. Voilà ce que tu es. Cette
chaleur. Cette chaleur serrée, putain
de glissante. À moi. » Il se mit à
bouger, par des coups courts et
punitifs qui faisaient balloter Giton
contre le mur. « Si tu le regardes
encore une fois, je te baiserai devant
lui, sur les pierres brisées du forum.
Tu comprends ? » Giton ne put
qu’acquiescer, un sanglot étouffé
s’échappant de ses lèvres à chaque
coup de reins. Son malaise s’était
dissipé, transformé en une faim brute
et débridée. Il se cambra contre
Encolpe, répondant à chacun de ses
coups de reins, sa propre queue dure
et coincée entre son ventre et le mur.
« Oui… oui… à toi… » Les mots
résonnaient comme un chant saccadé.
La main d’Encolpe
s’enroula autour de la taille fine de
Giton, saisissant son sexe, le
caressant au rythme de ses propres
coups brutaux. Le tempo était effréné,
un accouplement désespéré à la fin du
monde. La sueur luisait sur leur peau,
se mêlant à la poussière omniprésente.
Les seuls sons étaient leurs souffles
saccadés, le claquement de la peau
contre la peau, la douce et obscène
humidité du sexe d’Encolpe s’enfonçant
en lui.
Giton jouit le premier, dans un cri
déchiré, son sperme éclaboussant le
mur crasseux tandis que son corps se
convulsait autour d’Encolpe, le
pressant comme un melon. Ces
contractions intenses et rythmées
arrachèrent l’orgasme à Encolpe. Il
s’enfonça une dernière fois de toutes
ses forces, son cri un rugissement
brut et sans mots contre la tunique
déchirée de Giton, déversant sa
semence au plus profond de lui alors
que le sol tremblait d’un dernier
frémissement creux sous leurs pieds.
Il s'effondra contre le dos de Giton,
épuisé, le sang battant bruyamment
dans ses oreilles. Ils restèrent
ainsi, unis, haletants dans la lumière
tamisée et crasseuse.
Un applaudissement
lent et moqueur résonna depuis
l’embrasure de la porte. Encolpe se
figea. Giton gémit sous lui.
Ascyltus était adossé au cadre de la
porte, sa silhouette coupant la
lumière. Son regard parcourut le dos
dénudé de Giton, la tunique déchirée,
la preuve ruisselante de leur
accouplement. Son sourire était un
éclair blanc dans la pénombre.
« Un poète jusqu’au bout, Encolpe.
Même tes baises sont dramatiques. » Il
fit un pas à l’intérieur, les yeux
rivés sur Giton. « La montagne crache
des cendres, mes amis. Le ciel
s’assombrit. Et te voilà, en train
d’écrire ta dernière ode avec ta bite.
»
Ascyltus se contenta de rire,
d’un rire doux et dangereux. « Ne
t’arrête pas à cause de moi. Ça
commençait juste à devenir
intéressant. » Son regard croisa
celui de Giton par-dessus l’épaule
d’Encolpe. « Tu as toujours aimé
avoir un public, mon cher Giton.
Tu ne l’as simplement jamais
admis. »
Dehors, à travers la
porte ouverte, les premiers
flocons de cendre grise
commençaient à tomber, silencieux
et mortels comme du poison.
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